Accessibility Tools

- Le blog participatif de bioinformatique francophone depuis 2012 -

Mes très chers amis, mes bien-aimés col­lègues, les autres, comme vous le savez j’adore écrire des articles d’opinion sur ce blog sur tout ce qui nous concerne.

Ici j’aimerais évo­quer des exemples de ce qui a chan­gé concrè­te­ment dans ma manière de pen­ser pro­fes­sion­nel­le­ment. En pas­sant de cher­cheur en contrat post­doc­to­ral à data scien­tist en R&D, ma manière d’aborder la recherche n’est plus la même.

Est-ce aus­si votre cas ? Avez-vous les mêmes res­sen­tis ? Les com­men­taires seront par­fai­te­ment ouverts au débat bien­veillant pour ça.

Dans mon quotidien, je fais la même chose qu’un chercheur

Pen­dant mon par­cours aca­dé­mique, j’ai enten­du une cri­tique pro­fonde du pri­vé. En par­ler était tabou, mal vu comme si tout ce qui pou­vait en sor­tir était néga­tif. Cette idée était auto-entre­te­nue comme une convic­tion popu­laire.

C’est peut-être ma per­cep­tion des choses, mais cette idée sem­blait ancrée avec viru­lence dans les cou­loirs de chaque labo­ra­toire. Sou­vent basée sur les com­pa­ra­tifs de vies avec ceux qui ne sont pas res­tés dans l’académique, j’ai été sur­pris par la réa­li­té de ma propre expé­rience démon­tant toutes ces cri­tiques.

En arri­vant à mon poste actuel, j’ai eu le sen­ti­ment d’être pas­sé de cher­cheur à direc­teur de recherche en accé­lé­ré. Mon­ter des dos­siers de finan­ce­ment régu­liè­re­ment. Jus­ti­fier de mon acti­vi­té, essayer de rédi­ger une publi­ca­tion quand j’ai le temps. Lais­ser sur­tout les subor­don­nés mettre la main dedans… mais… c’est un bou­lot d’un mana­ger ça non ?

Bah oui en fait, juste au lieu de devoir pas­ser par les demande de finan­ce­ment publique, chaque demande est au regard de ma hié­rar­chie et du sujet du groupe. La seule nuance venant de ma posi­tion, n’étant pas dans une socié­té tech, mon exper­tise est sup­port du métier. Dans ce contexte les sujets pour les­quels je défends des bud­gets sont sou­vent ceux de mes col­la­bo­ra­teurs ayant un besoin/​une pro­blé­ma­tique scien­ti­fique.

De là à se dire que c’est le sen­ti­ment que cer­tains bio­lo­gistes ont tou­jours eu de la bio­in­for­ma­tique en aca­dé­mique, donc que fina­le­ment c’est la même chose, hum… On avait dit des com­men­taires rai­son­nables dans le chat donc je n’irais pas sur ce ter­rain.

Ma première question est de demander à quoi sert une recherche

Aujourd’hui, quand je parle à un cher­cheur uni­ver­si­taire, ma pre­mière ques­tion est : à quoi sert ton truc de manière concrète ? Je suis tou­jours sur­pris quand les gens en face de moi ne savent pas répondre à cette ques­tion. Alors non, je ne cherche pas l’applicatif à court terme ce qui nour­ri­rait tout de suite mes besoins. Une réponse même à long terme ou moyen terme sur un sujet extrê­me­ment théo­rique me convien­drait. Mon constat est que l’intérêt scien­ti­fique pour le savoir suf­fit à lui seul pour de nom­breux cher­cheurs. Le sujet nous inté­resse, c’est pas­sion­nant on peut explo­rer la connais­sance, allons y. L’intérêt pra­tique, appli­ca­tif ou pen­ser à d’autres usages que celui ini­tial n’est pas prio­ri­taire voire par­fois super­flu pour bien faire son tra­vail en uni­ver­si­té.

Mais à quoi sert au quo­ti­dien cette connais­sance, dans quoi tu pour­rais l’utiliser ? Est-il pos­sible d’en géné­rer un appli­ca­tif concret qui ait de la valeur ? Voi­la les réflexes obte­nu en 4 ans de R&D.

D’accord vous allez peut-être dire tout de suite que rien que poser ces ques­tions est le cœur du pro­blème. De mon point de vue, pas du tout. C’est juste une autre manière de pen­ser. Mon quo­ti­dien se résume à se poser toutes ces ques­tions. Il m’est rare de faire des lignes de code sans savoir exac­te­ment com­ment elles seront uti­li­sées. Pour­tant, faire de la recherche appli­quée… reste… de la recherche.

Pre­nons un exemple simple et concret. Il y a quelques années on m’avait deman­dé quelques lignes de code pour pré­dire l’absence de poten­tiel dan­ge­reux d’une molé­cule. En tant que cher­cheur j’aurais juste été content d’avoir construit un modèle pré­dic­tif qui fonc­tionne pour cette cible et me deman­de­rais com­ment pré­dire plus. En tant que cher­cheur en R&D je me demande plu­tôt "com­bien de fois il va être uti­li­sé par jour, com­bien de temps un humain gagne à uti­li­ser cette méthode plu­tôt que faire une ana­lyse lui même". Ces ques­tions me viennent avant de cher­cher à pré­dire ou pas. Besoin, usage et valeur métiers sont deve­nues mes prio­ri­tés avant de prendre le temps poser la réflexion scien­ti­fique. Cela fait-il moins de moi un scien­ti­fique ? Non, je fais les deux et me contente de pen­ser que mon rôle est de devoir pas­ser de l’un à l’autre dans la jour­née.

Je parle élément de langage plutôt que biologie de ma journée

Il y a 4 ans, mon quo­ti­dien, c’était me lever, tour­ner en rond sur ma chaise. Râler car mon code ne mar­chait pas alors que c’est moi le sou­ci, finir par faire une figure sym­pa pour faire plai­sir à mon boss, être content de moi et recom­men­cer. Ma chère et tendre épouse qui a un cur­sus scien­ti­fique com­pre­nait ce que je fai­sais à peu près. Ça se résu­mait à râler sur Poly­comb toute la jour­née et dire "bla­bla­bla chro­ma­tine méchante". L’intégralité de mes neu­rones ne par­lait que science, très peu de poli­tique scien­ti­fique ni d'interaction avec les gens (post doc bon­jour).

Au bout de 3 mois de grand groupe, je tour­nais tou­jours sur ma chaise quand mon code ne mar­chait pas. Je conti­nuais de râler et d’essayer de faire un joli gra­phique pour le supé­rieur XXX… Le reste lui avait chan­gé. Je ne parle plus bla­bla­bla Poly­comb (même si j’aime tou­jours autant la chro­ma­tine). Sim­ple­ment, mon dis­cours était deve­nu "bla­bla­bla pro­cess, mee­ting, ali­gne­ment, vision pro­duit". J’étais deve­nu un élé­ment dans un éco­sys­tème orga­ni­sé plu­tôt qu’un élec­tron libre et indé­pen­dant qui fabrique sa connais­sance dans une com­mu­nau­té dic­té par la connais­sance avant l’application (pro­fit ?). Si vous aimez me lire, vous savez que fina­le­ment le monde asso­cia­tif fait qu’il est facile de pas­ser de l’un à l’autre, mais ça reste fon­da­men­ta­le­ment deux visions des choses.

La R&D c'est bon­heur ! quand on ne tourne pas en rond sur sa chaise :D.

Par faci­li­té, cette dif­fé­rence de pen­sée peut sou­vent créer du rejet, ce qui est en fait la rai­son pour laquelle je res­sen­tais de l’hostilité à me détour­ner de la recherche uni­ver­si­taire. À prendre du recul, on voit bien que ce rejet un peu pas­sif est sur­tout un moyen autant pour eux d’accepter leur choix que pour nous encou­ra­ger à aller dans la même direc­tion. Quand on est pas­sion­né, notre rêve est de par­ta­ger notre pas­sion après tout.

Quel changement a été le plus dur ?

Pour conclure, j’aimerais dire quel chan­ge­ment m'a le plus mar­qué. Dans tous ces chan­ge­ments, le plus dur pour moi était sur­tout dans ma rela­tion de vie per­son­nelle. Les uni­ver­si­taires que j’ai connu ont ten­dance à avoir fusion­né vie pri­vée et vie pro­fes­sion­nelle, comme tous ces méde­cins qui ne parlent que méde­cine à table. Ensuite ce point de vue est très biai­sé par le fait que thèse et post doc.. sont des moments ou ta vie se résume a ton bou­lot par­ti­cu­liè­re­ment intense. Quand on fait un métier pas­sion, on est peut-être heu­reux de par­ler science toute la soi­rée, d'y pen­ser sous la douche le dimanche et de reve­nir le lun­di matin avec la réponse au pro­blème du ven­dre­di. À la fin d’une jour­née à par­ler méthode agile et rôle spé­ci­fique de ma socié­té, il m’est dif­fi­cile de racon­ter cet ensemble d’éléments de manière claire… et sur­tout inté­res­sante à ma com­pagne.

Ce chan­ge­ment ayant été un bond de men­ta­li­té, j’ai juste dû apprendre à sépa­rer ma vie pri­vée de ma vie pro­fes­sion­nelle, sur­tout pour le meilleur. Pro­fi­ter davan­tage de ses proches quand on est avec eux plu­tôt que pen­ser au bug de la veille. Être plei­ne­ment là où je suis quand je com­mence quelque chose. Aurais je eu les mêmes tran­si­tions en deve­nant maitre de confé­rences ? Fran­che­ment aucune idée !

Est-ce que j’aime moins mon métier pour autant ? Pas du tout, je reste sin­cè­re­ment sti­mu­lé intel­lec­tuel­le­ment par ce que je fais et j'apprends de nou­velles choses. Sim­ple­ment, il y a un cloi­son­ne­ment sain entre la par­tie bureau­cra­tique intel­li­gible, les choses concrètes de la jour­née qui ont eu de l’importance sur ma bonne humeur, et la vie de famille plus impor­tante à vivre plei­ne­ment sans pen­ser à mes sti­mu­la­tions pro­fes­sion­nelles.

Mer­ci aux relec­teurs de ce billet : Marionp, Lee mariault et aze­rin !

Mer­ci aux admins, tou­jours là pour faire vivre ce petit îlot d’expression col­la­bo­ra­tif, je vous aime.

Vous avez aimé ? Dites-le nous !

Moyenne : 0 /​ 5. Nb de votes : 0

Pas encore de vote pour cet article.

We are sor­ry that this post was not use­ful for you !

Let us improve this post !

Tell us how we can improve this post ?




Commentaires

Laisser un commentaire

Pour insérer du code dans vos commentaires, utilisez les balises <code> et <\code>.